vendredi 16 décembre 2022

Petit retour sur LSD «Non merci, pas d’enfants»


Préambule


Dans ce billet, il sera très peu question du contenu de la série, voire même pas du tout, et comme je sens que je n’insisterait jamais dessus et que l’article pourrait laissé penser le contraire, ce fut de très bons numéros, que j’ai beaucoup apprécié. Mais...Ici, on va se concentrer sur ce qu’elle m’a inspiré, car il y a quand même de quoi discuter, même si je ne ferais qu’effleurer le sujet (il y aurait de quoi écrire beaucoup plus, mais le temps et surtout la motivation me manquent).  Je me souviens de lorsque j’ai découvert mon asexualité, je pensais pouvoir comprendre/imaginer ce que signifiait être «non-asexuel». Et en creusant la question, j’ai découvert que non, c’était impossible, que j’étais à des années lumières de pouvoir le faire, et que les fois où j’ai pensé être proche était d’éblouissantes illusions tellement c’est impossible. 


Un autre regard sur le choix d’avoir des enfants ou pas


De même qu’au sein du spectre asexuel, il y a une grande latitude de vécus de Childfree (sans enfant par choix, pour rappel). Et Après l’expérience Mômes (excellent travail de Laura au passage !!), cette série documentaire par France Culture. Une très bonne série, j’ai appris énormément de choses, mais avec un titre pareil je m’attendais à ce ça parle de personnes childfree…et bah pas vraiment. 


Cette série documentaire a été écrite/réalisée par des personnes qui ne le sont pas, et ce n’est pas un problème, mais c’est impressionnant à quel point cela donne l’impression de parler de nous tout en passant à côté de la plaque (tout en étant très juste et très documenté sur d’autres points). J’ai réalisé à quelque point les personnes non-childfree vivaient dans un autre monde que le notre, tellement nous sommes fondamentalement différents, et merci au documentaire de m’avoir ouvert les yeux la-dessus. C’est très perturbant, car physiquement nous partageons le même monde physiquement, on peut se parler comme si l’on pouvait se comprendre, car l’on peut se comprendre sur tout un tas d’autres sujets. Mais la aussi, la compréhension totale est une illusion. J’avais l’impression de pouvoir me représenter vaguement ce que ça signifiait de vouloir être parent…et bien j’étais loin du compte. De leur côté, je ne sais pas à quel point les auteurices du documentaires ont conscience de cela, car je ne sais pas s’il était envisagé d’avoir de «vraies» personnes childfree parmi leur témoignages ou juste des personnes plus childless que childfree.


Que peut en penser un ««vrai» childfree» ?  Exemple avec une analogie douteuse...


Il est beaucoup état de questionnements sur la parentalité, auprès des personnes témoignantes. Attention, ne tombons pas dans le sophisme du vrai Écossais (je pense que je n’en étais pas loin précédemment), j’aimerais toutefois vous donner une idée de comment je me pose la question me concernant (et je ne suis pas le seul), à travers une nouvelle analogie (celle de la prison n’étant pas assez…«vicérale»). 


(Disclaimer : il est tout a fait possible de vivre une vie pleinement heureuse et épanouie tout en étant non-valide, même si forcément c’est difficile de le voir et le concevoir de ma position de valide. Il ne faut pas y voir de ma part l’idée qu’il serait moins bien ou mieux d’être valide ou non-valide, je pars du principe que les deux se valent dans mon scénario. Cette comparaison doit aussi se faire dans un monde imaginaire ou le validisme serait bien moins présent pour ne pas qu’on me sorte l’argument du poids de la société face à mon choix). 


Imaginez que nous soyons dans un monde où l’on peut faire le choix de se faire amputer un membre juste pour le plaisir. Dans ce monde où les discriminations validistes n’existent pas, on me pose la question de si c’est quelque chose que j’envisage. Intiment, j’ai toujours su que la réponse était non, et que j’ai l’impression que ça ne peut pas changer. Mais dans ce scénario farfelue, contrairement à la réalité sur laquelle se base cette analogie, j’ai au moins réussi à trouver un argument pour l’amputation d’un membre (contre toujours zéro pour l’idée d’être parent) : l’argument du poids. Ma formation d’ingénieur voit la minimisation des contraintes sur les systèmes techniques qui font le bonheur de notre quotidien comme un idéal vers lequel tendre, et m’alléger d’un membre me permet de réduire les contraintes appliquées sur mes objets de valeur (lit, gyroroues…), ou autres (ascenseurs, manèges….). Donc même si ça reste un non catégorique, il y a au moins cet argument en faveur qui me parle. Contre toujours aucun dans la vraie vie pour la question sur laquelle est basée cette analogie. À titre personnel, car je reconnais que pour d’autres ou à l’échelle de groupes, ou de la société, les arguments en faveur du fait d’avoir des enfants peuvent faire sens. 


Conclusion


J’ai beau me considérer comme étant affirmé dans le fait d’être childfree, je ne suis pas militant pour autant. Je comprends que ça puisse faire sens d’être reconnu pour ce que je suis et surtout je considère qu’il est important qu’on puisse librement vivre le fait d’être childfree et ne pas subir de discrimination, voire de pression de la part de la société, cette entité que l’on pense désincarnée, mais qui l’est par la famille, proche ou moins proche, les ami·e·s, les relations amoureuses pour les personnes concernées, les relations professionnelles, dans le monde associatif, les différentes communautés, les relations «marchandes ou commerciales» ou encore administratives au sens très large, et tout ce qui relève de la politique ou de La Défense d’intérêt divers, une entité très concrète en somme. Comme pour toutes les minorités (pour cumuler, je sais ce que c’est), c’est plus facile à dire qu’à faire, je vous invite simplement à être ouvert sur la question, par ce petit conseil qui me parle particulièrement : lorsque vous rencontrez une nouvelle personne, qu’elle soit de votre famille, dans un contexte de loisirs ou amicale, dans un contexte professionnel, commercial ou administratif, etc (vous avez compris l’idée), ne partez tout simplement pas du principe que 1. Cette personne a des enfants 2. Cette personne veut des enfants.